
Depuis le 20 août 2026, le Code de la route punit la conduite sous « emprise manifeste » : ivresse manifeste, usage manifeste de stupéfiants ou consommation manifeste de certaines substances psychoactives. Le délit est puni de 3 ans de prison, 9 000 € d’amende et d’un retrait de 6 points. Le texte repose sur ce que les agents constatent, et pas seulement sur un taux mesuré. Pour le protoxyde d’azote, un décret doit encore fixer la liste des produits visés.
| Ce que vous risquez | Chiffre clé |
|---|---|
| Prison | jusqu’à 3 ans |
| Amende | jusqu’à 9 000 € |
| Ivresse + drogue ou substance cumulées | 5 ans et 15 000 € |
| Points retirés | 6 points, de plein droit |
| Points retirés si alcool et drogue cumulés | 9 points |
| Confiscation du véhicule | obligatoire en cas de cumul, sauf décision motivée |
| Protoxyde d’azote | délit applicable après publication d’un décret |
La loi n° 2026-798 du 18 août 2026, dite « RIPOST », a créé dans le Code de la route un chapitre entier consacré à la « conduite malgré l’usage ou la consommation manifeste de substances entraînant une altération de la vigilance ». Le cœur du dispositif est l’article L237-1, en vigueur depuis le lendemain de la publication de la loi au Journal officiel.
Il vise trois situations.
| Situation | Ce que le texte exige | Applicable aujourd’hui ? |
|---|---|---|
| Ivresse manifeste | Un état d’ivresse visible | Oui |
| Stupéfiants | Un usage manifeste de produits classés stupéfiants | Oui |
| Autres substances psychoactives | Une consommation volontaire, détournée ou excessive, manifeste, d’un produit inscrit sur une liste fixée par décret | Non, tant que la liste n’est pas publiée |
Source : article L237-1 du Code de la route.
L’ivresse manifeste au volant n’est pas une nouveauté : c’était déjà un délit, prévu jusqu’ici avec l’alcoolémie à l’article L234-1. La loi l’a déplacée dans ce nouvel article et l’a rangée à côté des stupéfiants et des autres substances. Le délit s’applique aussi à l’accompagnateur d’un élève conducteur (conduite accompagnée, leçon de conduite).
Le changement de fond tient dans un mot : manifeste. Pour l’alcool, le délit classique suppose un taux mesuré par éthylomètre ou prise de sang. Pour les stupéfiants, la procédure habituelle passe par un dépistage puis une analyse de confirmation (détaillée dans notre article sur le dépistage de stupéfiants au volant). Le nouvel article, lui, vise un état ou un usage qui se voit. Le texte ne subordonne pas l’infraction à un résultat de laboratoire.
Le nouveau délit repose sur ce que les agents constatent, pas sur un taux mesuré.
C’est le produit qui a motivé la réforme, et c’est pourtant celui que la loi ne permet pas encore de poursuivre sur ce fondement. Le protoxyde d’azote n’est pas classé comme stupéfiant. Il relève donc de la troisième catégorie, celle des substances psychoactives listées par un décret en Conseil d’État. Tant que ce décret n’est pas publié, aucune poursuite pour conduite sous protoxyde ne peut reposer sur l’article L237-1 (en droit pénal, on ne peut être condamné que pour une infraction clairement définie par les textes).
Ce n’est pas pour autant un vide total. Un conducteur dont le comportement montre qu’il ne maîtrise pas son véhicule peut être verbalisé pour défaut de maîtrise, une contravention bien moins lourde. Et la loi durcit en parallèle les règles sur le produit lui-même : à partir du 1er février 2027, la vente, la détention et le transport de protoxyde d’azote seront interdits aux particuliers, quelle que soit la quantité, selon le ministère de l’Intérieur.
Bon à savoir : le jour où le décret sera publié, des cartouches retrouvées dans l’habitacle et un comportement anormal pourront suffire à engager des poursuites, faute de test fiable au bord de la route. C’est précisément là que la défense aura de la matière.
Le délit simple est puni de 3 ans d’emprisonnement et 9 000 € d’amende. Si l’ivresse manifeste se cumule avec un usage de stupéfiants ou d’une substance listée, les peines passent à 5 ans et 15 000 €. Pour une seule situation, le permis perd de plein droit la moitié de son nombre maximal de points, soit 6 points. En cas de cumul de l’alcool et de la drogue, le retrait passe à 9 points.
| Une seule situation | Ivresse + stupéfiants ou substance | |
|---|---|---|
| Prison | 3 ans maximum | 5 ans maximum |
| Amende | 9 000 € maximum | 15 000 € maximum |
| Points | 6 points | 9 points |
| Immobilisation du véhicule | Possible | Possible |
| Confiscation du véhicule | Possible | Obligatoire, sauf décision spécialement motivée |
Sources : article L237-1 et article L237-2 du Code de la route.
Les peines complémentaires sont celles déjà prévues pour l’alcool au volant quand seule l’ivresse est retenue, et celles de la conduite après usage de stupéfiants dans les autres cas : suspension ou annulation du permis, stage de sensibilisation à vos frais, interdiction de conduire certains véhicules, confiscation. Le détail de ces peines figure dans notre article sur le contrôle d’alcoolémie.
Cas pratique : une conductrice en deuxième année de permis probatoire dispose de 8 points. Elle est contrôlée un samedi soir, les agents décrivent dans leur procès-verbal une élocution pâteuse et des propos incohérents, et retiennent l’ivresse manifeste cumulée avec un usage de stupéfiants. Elle est condamnée à 1 500 € d’amende et perd 9 points : son solde tombe à zéro et son permis est invalidé. Elle avait pourtant de quoi se défendre. Un procès-verbal qui décrit mal les signes constatés ou une procédure irrégulière peuvent permettre d’écarter ces sanctions et de garder son permis, à condition de faire analyser le dossier avant l’audience.
Attention : ce sont des maximums. Le tribunal fixe la peine selon les faits et votre situation, et c’est à ce stade que le dossier se défend.
La loi a aligné le nouveau délit sur les autres délits routiers graves. Le permis peut être retenu sur place, puis suspendu par le préfet, avant même tout jugement.
| Ivresse manifeste ou stupéfiants manifestes | Substance listée par décret | |
|---|---|---|
| Rétention immédiate du permis | Oui pour l’ivresse manifeste et après un dépistage positif aux stupéfiants | Oui, s’il existe des raisons plausibles de soupçonner une consommation détournée ou excessive |
| Suspension par le préfet | Possible, en principe jusqu’à 6 mois | Possible, en principe jusqu’à 6 mois |
| Immobilisation, mise en fourrière | Possible | Possible |
| Jugement | Tribunal correctionnel | Tribunal correctionnel |
Sources : articles L224-1, L224-2 et L237-1 du Code de la route.
Pendant la rétention, qui dure 120 heures, vous n’avez pas le droit de conduire. À l’issue de ce délai, vous retrouvez automatiquement le droit de conduire, le temps de recevoir la décision de suspension administrative. Dès qu’elle vous est notifiée, toute conduite est interdite, même pour aller travailler. Une suspension de plus d’un mois impose en outre un contrôle médical avant de récupérer le permis. Les règles de la suspension (imprimés « 1F » et « 3F », délais, visite médicale) sont expliquées dans notre article sur le permis suspendu.
Ce qu’il faut faire :
Ce qu’il faut éviter :
Un délit fondé sur des constatations se discute sur ces constatations. Sans taux mesuré ni résultat d’analyse, tout repose sur le procès-verbal : ce que les agents ont vu, entendu, et comment ils l’ont décrit. Un procès-verbal vague ou stéréotypé est un point faible pour l’accusation.
Les points qu’un avocat spécialisé examinera en priorité :
Bon à savoir : ce délit est récent, et aucune jurisprudence ne fixe encore ce que les juges exigeront pour qualifier un usage de « manifeste ». C’est une raison de plus pour ne pas considérer le dossier comme perdu d’avance.
Allopoints vous met en relation avec nos avocats partenaires spécialisés en droit routier, qui analysent le procès-verbal et la décision du préfet avant l’audience.
Le texte le permet pour l’ivresse manifeste et l’usage manifeste de stupéfiants : il vise un état visible, pas un taux. Le procès-verbal doit alors décrire précisément les signes constatés.
Pas encore sur le fondement de l’article L237-1. Le produit doit d’abord être inscrit sur la liste fixée par décret en Conseil d’État. Le défaut de maîtrise du véhicule reste verbalisable.
6 points, soit la moitié du maximum de 12, et 9 points si l’ivresse manifeste se cumule avec la drogue. Un permis probatoire à 6 points ou moins est invalidé.
Oui. La confiscation est possible dans tous les cas, et devient obligatoire en cas de cumul ivresse manifeste et stupéfiants ou substance listée, sauf si le tribunal motive spécialement son refus.
Depuis le 20 août 2026, lendemain de la publication de la loi RIPOST au Journal officiel, pour l’ivresse manifeste et les stupéfiants. Pour les autres substances, il faudra attendre le décret.